Sardonica (23 et Fin) Elle m'attendait bien à la place habituelle, sous les feuilles où dansaient des paillettes dorées. Mais elle ne courut pas au devant de moi, se contentant de me contempler gravement. Mais je crus lire cependant mus son air sévère le vif désir de me revoir et la satisfaction de me savoir encore vivant après tant d'aventures périlleuses. Je décidai de la faire un peu souffrir et me dominant je m'avançai tout naturellement. « Te voilà, cruel ! » me dit-elle abandonnant d'un coup toute sa feinte assurance. Je me précipitai vers elle, et nous fondîmes alors tout deux. Et nous nous bisâmes et nous nous touchâmes, Et nous pleurâmes dans les- bras l'un de l'autre, faibles comme deus enfants et cela nous était doux... Elle me fit raconter les pérípétíes dont j'avais fierté et dégoût tout à 1a fois. Mais elle ne se lassait pas de m'interroger et encore et encore et après que c'est-í1 passé ?.... EST-ce celà tout ?... , Tu me caches quelque chose... Elle ne me fit grâce d'aucun détail. Au sujet de la Comtesse je dus tout lui avouer. Elle n'en voulut moins que je l'aurais pu croire. « Cela devait arriver » me dit-elle, « Nul homme n'aurait pu y échapper. » Sa robuste sagesse paysanne me fit du bien, peut-être aussi était-ce 1a longue séparation qui l'empêchait de me gronder. Mais elle était prête à tout me pardonner des chosés que je lui pouvais révéler.... Aussi voulant me libérer auprès d'elle, et de moí-même je lui parlai des atrocités dont
[…]
Par Michel Dubat
1
-
Recommander
SARDONICA (22) Je me rendis à la parade militaire qui devait avoir lieu, meurtri, douloureux de partout. Ce fut mon laquais qui m'aida à monter sur mon cheval. Livré à mes propres forces, je n'y fus sans doute jamais parvenu. Mes amis officiers me regardaient d'un oeil goguenard qui me rendit furieux. Aussi je fis grand effort pour me tenir à cheval correctement quoiqu'il m'en coûtât. Sardonica, elle, était à la place d'honneur et rien dans son comportement ne trahissait ce qui venait de se passer entre nous. Elle avait revêtu sa tenue de grand apparat et seule la satisfaction de la victoire apparaissait sur son visage et dans son air. On avait rassemblé sur ce forum: fameux de la ville les survivants de la bataille. I1 fallait voir leur air pitoyable, et la grande misère qui se dégageait d'eux... Je compris ce que l’on allait faire, après un moment. En effet un cheminement avait été ménagé entre les troupes pour monter jusqu'à une sorte de tour d'angle. Et auprès de cette tour d'angle se tenait quelques guerriers vigoureux que je connaissais bien pour faire les plus sales besognes de la Comtesse. Après le discours d'usage qui s'imposait pour féliciter les artisans de la victoire, on entendit un affreux bruit de tambour, et l'on fit défiler tous les hommes valides de la ville ; ceux qui avaient pris les armes contre nous, je pense, en direction du fortin. Et le premier y étant parvenu, 1e bourraux de la Comtesse le poussèrent dans le vide. On n' ouit rien que
[…]
Par Michel Dubat
1
-
Recommander
Sardonica (21) Ensuite sans trop savoir pourquoi, je me mis à parcourir au hasard les rues de cette ville qui autrefois avait été une des lumières de la civilisation, un exemple des beautés de ce monde. Aujourd'hui elle était dévastée et peuplée seulement d'une petite partie de ses habitants qui tentaient de fuir les soudards ivres. Je ne rendais peut-être pas bien compte du danger, car j'aurais pu nourrir cent fois, victime des coups qu'échangeaient les guerriers aux portes des tavernes, ou de ceux d'un ennemi encore embusqué et voulant tuer de ses conquérants haïs le plus qu'il pourrait. .. . J'aurais pu nourrir sous la dent des chiens. En effet des bandes de molosses livrés à eux-mêmes hantaient les ruines, comme des loups affamés à la recherche de cadavres qu'ils dépeçaient férocement en se disputant les meilleurs morceaux avec hargne. Il arrivait que leur victime n'était point encore entièrement morte, tandis qu'ils déchiquetaient ses chairs avec des bruits de mâchoires. L'un de ces détrousseurs vint même jusqu'à moi, en me regardant dans les yeux. Il me suivit quelques instants, comme si i1 voulait ne narguer, me donna un coup de museau sur la cuisse, peut-être amical, peut-être agressif, je ne sais. Puis voyant que je restais calmes, i1 disparut soudain, rejoignant sa meute. Mais je n'avais pas peur, pensant peut-être inconsciemment que j'étais protégé par le halo de la Comtesse ou bien ne craignant plus rien de la mort, baignant dans une espèce d'atonie
[…]
Par Michel Dubat
1
-
Recommander
SARDONICA (20) I1 me souvient si fort de ce passé mort que je me demande si je ne 1e vis pas encore réellement. Le temps était lourd et 1a chaleur épaisse. On suait sous les uniformes et les cuirasses. Les escouades de cette armée étaient frémissantes comme autant de meutes de chiens pretes à 1a curée : 1e bestialisme qui sommeillait en l'homme ne pouvait plus se dissimuler. On amena couchées les tours de bois, tirées par des groupes de chevaux, aux pieds des murs. Et on dressa soudainement ces constructions en l'air. Aussitôt, de leurs sommets, des archers bandèrent leurs arcs et tirèrent des volées de flèches, tandís que des catapultes bombardaient 1a place aux moyens de projectiles de toutes natures, tous plus abominables les uns que les autres. 0n conduit à l'une des énormes portes quelques éléphants qui arnachés à un énorme bélier se mirent sur les étranges injouctions de leurs conducteurs à enfoncer les lourds battants. Puissants et intelligents animaux í1 y parvinrent irrésistiblement malgré les nombreux traits piqués dans leur peau qui les rendaient plus furieux qu'ils ne les arrêtaient, et dont ils tentaient de se débarrasser comme si il s'agissait de tiques. Aussitôt notre armée s'engouffra dans cette brèche comme 1e sang jallit d'une veine perforée. Les assaillis, tant bien que mal tentèrent de se regrouper et d'empêcher l'entrée de nos soldats en se battant sauvagement au corps à corps. Ils ne 1e purent. Et ce fut une lente progression à trayers
[…]
Par Michel Dubat
1
-
Recommander
SARDONICA (19) Nous parvînmes, avec de grandes difficultés, dans des régions de hautes montagnes où la neige brillait sur les sommets, et se maintenait dans les anfractuosités des rochers et dans les coins d'ombre. Soudain nous vîmes arriver une petite armée dans le lointain qui semblaient se diriger vers nous. Deux où trois messagers s'en détachèrent les lances ornées de plumes blanches. Qui indiquait qu'ils voulaient parlementer avec nous. Leur chef arrivé à la hauteur des premiers soldats déclara qu'il désirait parler à la Comtesse. A ma surprise elle acquiesça. Il avait l'air bien pauvre sous ses vêtements de guerre, rafistolés. Il s'adressa fièrement à la Comtesse. Il précisa qu'il connaissait ses desseins, à savoir conquérir le monde et le transformer en Empire satanique. Il ajouta qu'il était du devoir de tout home de combattre cette intention jusqu'à son dernier souffle. « Mais» lui dit-elle en désignant de la main ses équipements disparates, ainsi que ceux de ses compagnons, dédaigneusement; « Croyez-vous pouvoir me vaincre avec « ça » ? ». - Je sais que je ne peux vous vaincre, mais il est de mon devoir de vous combattre ! - « Entends-moi » dit Sardonica. « Je ne t'ai que trop écouté. Ton courage et ta folie me sont sympathiques. Retournes vers tes compagnons et fuyez ! Je ne vous ferais pas poursuivre. Il est peut être encore des coins tranquilles où tu pueras te réfugier. » Et d'un geste de sa main, elle fit signe à sa garde de s'écarter.
[…]
Par Michel Dubat
1
-
Recommander
Sardonica (18) Lorsque je me levai à l'aube, jamais je ne vis chose plus extraordinaire que cette troupe déjà en ordre dé formation, s' agitant et bruissant sous le soleil naissant. Formidable et terrible armé, plus importante peut-être que celle d'Hannibal, avec, comme la sienne ses régiments d'éléphants encarapaçonnés de métaux luisants, armés d'éperons terribles, portant des guerriers dans une sorte de petite fortification sur leur dos. Ces éléphants devaient produire un effet de terreur sur les ennemis qui les rencontraient. Ceci pour deux raisons et par leur masse énorme, et par le fait que ces ennemis n'avaient n’avais vu pareils animaux qui vivait habituellement sous d'autres climats. Lorsque vieux moine, je me muets à écrire ceci, ma mémoire semble se déployer en ondes, comme une eau, et les choses par vagues me redeviennent sensibles. Je revois les moindres détails de ce départ pour la guerre avec les chevaux harnachés hennissants, les âcres odeurs, les visages des guerriers farouches sachant qu'ils ne reviendraient peut-être pas de ce voyage belliqueux. Je revois même de tout jeunes gens blancs de peur sous les harnais, pour qui sans doute c'était la première expédition, trembler dans le pâle matin.... Et Sardonica fière, terrible, et les yeux luisants comme des brasiers, contemplant sans tressaillir, les traits figés, cette nuée d'hommes en campagne et ce paysage. Puis le soleil commença à éclairer les collines ocre qui semblaient comme provenir d'un
[…]
Par Michel Dubat
1
-
Recommander
SARDONICA (17) Bien sûr, la guerre que nous fîmes reste presqu’intacte elle aussi enfouie dans ma mémoire. Ce fut une guerre affreuse, totale et sans pitiés pleines d'horreurs à vous faire lever la nuit en gémissant au milieu des cauchemars. Je me dotais que cela finirait par arriver, puisque je connaissais les buts auxquels Sardonica se préparait depuis toujours. Mais je m'étais habitué à oublier cette éventualité et m'étais installé dans un relatif confort et une certaine quiétude. C'est par un jour des plus ordinaire que Sardonica me convoqua à ce sujet. Elle avait le front soucieux et semblait réfléchir quelque chose de lointain. « Tous les états qui nous entourent sont en train de se coaliser ; ils finiront bien par nous attaquer. Nous devons réagir avant que nous n'ayons leur tenaille autour de la gorge, sinon nous sommes perdus. » -« Comment en sont-ils venus à s'allier, eux si ennemis les uns des autres ? » Je savais en effet que par ses agents Sardonica faisait tout pour entretenir la zizanie entre eux et qu'elle y parvenait fort convenablement. Elle plongea son regard vert où brillaient mille colères dans le mien « Je pense que quelqu'un au Palais les renseignent.... Je découvrirai bien qui il est. Alors i1 ne vivra pas bien longtemps. » « Mais maintenant nous sommes prêts » ajouta-t-elle en changeant de ton. « Et ils verront ce qu'il va leur en coûter de s'attaquer à la Comtesse Sardonica. Ils vont de quelle qualité est le sang qui brûle dans
[…]
Par Michel Dubat
1
-
Recommander
SARDONICA (16) Il est un épisode de ma vie dont j'ai conservé parfaite souvenance. Mais comme j'en ai terriblement honte, j'ai volonté de le cacher. Il est indigne de mon état de moine. Mais je dois l'avouer pour la complète narration de mon histoire, et pour que l'on sache jusqu'ou je descendis dans l'abîme de l'infâme, et dans l'infidélité à ma religion. Pour que l'on me comprenne et que l'on me pardonne. Tout homme est pêcheur et soumis aux tentations. Et en ce me concerne on conviendra qu'il s'agissait d'une particulière tentation qui eût pu éprouver âme plus solide que la mienne, alors que je n'étais qu'un jeune séminariste lorsque l'on me lacha dans cette antichambre de l'enfer... Un sombre soir d'hiver, alors qu'il neigeait au dehors et que je lisais un livre au coin de la cheminée auprès de laquelle je me pelotonnais précautionneusement, Sardonica frappa lourdement ma porte. Elle entra soudainement, entièrement vêtue de fourrures, de la tête au pied. Le froid du dehors rosissait son visage. Elle me dit d'un air impérieux : « Tu vas enfin participer à ta première messe ici. » « A cette heure-ci Madame ? Mais il est près de minuit ; ce n'est pas l'heure de la messe. » Elle sourit mystérieusement. « Ici C'est l’heure de la messe. » Je la suivis, sortis dehors et rejoignis un cortège, tout de noir vétu, où je reconnus des figures familières de l'entourage de Sardonica, mais habillées comme si i1 s'agissait d'un clergé particulier. Sardonica munie
[…]
Par Michel Dubat
1
-
Recommander
SARDONICA (15) Bientôt une lueur s'alluma dans sa chambre. J'imaginai, et en souffrait atrocement, ce qui devait se passer : les corps nus luttant sur le sol jonché de peaux de panthères, les cris et les caresses, les douces tortures du sexe. J'entendais tout cela à distance à ma grande douleur, curieusement, comme si je me trouvais dans la pièce. Les lumières s'éteignirent. Sardonica apparut à une fenêtre. La noire silhouette du jeune homme passa une porte dérobée. Sardonica, comme je m'y attendais, fit un signe impérieux de sa main. L'un des deux archers sortit de l'ombre et d'une seule flèche abattit le jeune home. Celui-ci ne poussa pas un cri et tomba d'un coup. Ses amis de la troupe, dissimulés sous un porche l'entourèrent bientôt comme une bande d'oiseaux éplorés. Je retournai à la fête. Les baladins saluaient avant de se retirer. Ils emportèrent plus de quolibets que d’applaudissements. Sardonica fut bientôt de retour, un peu plus animée peut-être et le rouge aux joue. Elle reprit sa place, gratta mes cheveux alors drus comme jeunes herbes et porta sa jambe contre mon corps. J'était ravi, quoique désolé par ce qu'il venait de se passer , de ce que j’avais encore une petite place dans ion coeur ; comme un jeune chiot qui se contente d'une caresse. Le maître des cérémonies annonça enfin le dernier spectacle, qui sur le parchemin énonçant le programme était simplement appelé ainsi. Mais i1 courait des bruits à la Cour qu'il se préparait quelque chose de
[…]
Par Michel Dubat
1
-
Recommander
Sardonica (14) Un silence des plus rares se fit... Cette statue de chair s'anima lentement. Tantôt elle reposait gracieusement sur la patte de l'éléphant apparemment charmé, tantôt elle était sous lui. Il appuyait alors son pied énorme sur son frêle buste. On craignait très fort qu'il ne L'écrasât comme un mince fétu. Mais bonâsse il soulevait son pied et la laissait se relever prestement tandis qu'elle avait un sourire vague et lointain aux lèvres, comme si elle n'était pas de ce monde et s'y trouvait seulement de passage pour nous enchanter. Et la prenant délicatement dans sa trompe comme une fleur extraordinaire l'éléphant la reposa précautionneusement sur sons dos. Et au son de la musique étrange, elle repartit, belle sereine et impassible. Sa disparition fit retentir des applaudissements frénétiques qui brisèrent le mirage comme un verre de cristal. " Ah ! » Me dit le Général de la Cavalerie, celui qui peut avoir pareille beauté dans son lit, est plus heureux que celui qui a conquis la moitié du monde ! » Je ne sus que lui dire que je pensais comme lui, mais que beauté bien vite s'évanouit et disparaît et qu'alors nous n'avons plus que cendres dans la main, comme souvenir dé ce qui, a été... « C'est ma foi bien vrai, Dimitri et vous me faites penser quelque chose. Je passais pour le service de la Comtesse, un jour dans une de mes anciennes garnisons du temps où j'étais un jeune et pétulant lieutenant adulé des femmes, courant de rendez-vous en
[…]
Par Michel Dubat
2
-
Recommander
Derniers Commentaires